Faut-il que ça casse ?

Depuis de nombreux mois, et plus particulièrement depuis le début de l’année 2009, les organisations syndicales, tant du privé que du public, interpellent le Gouvernement sur l’absence de dialogue social et l’absence de mesures significatives de nature à relancer le pouvoir d’achat.

Elles ont invité l’ensemble des salariés à manifester leur mécontentement les 29 janvier, 26 mars et 1er mai. De nouvelles journées d’action ont lieu les 26 mai et 13 juin. Ces mouvements peuvent paraître à certains inadaptés à la situation de crise qu’on observe parallèlement, quand on voit de nombreux manifestants perdre leur emploi, du fait de la fermeture de leurs usines notamment. Paradoxalement, l’État aussi s’inscrit dans cette politique de suppression d’emplois, puisqu’il prévoit pour 2010, le non-remplacement de 34.000 fonctionnaires partant à la retraite, ce qui représente en fait 34.000 emplois supprimés ! Or, malgré le succès des journées d’action qui ont rassemblé, sans que personne ne le conteste, de très nombreux manifestants, le Gouvernement ne semble pas prêt à ouvrir des négociations, ou pour le moins des discussions sur les nombreuses problématiques soulevées à l’occasion de ces manifestations. Bien au contraire, il poursuit la mise en œuvre de réformes qui sont de nature à désorganiser le service public, et par là même le service à l’usager.

Par ailleurs, à travers les « petites phrases » distillées par les représentants du Gouvernement, et bien sûr relayées par les médias, les fonctionnaires sont à nouveau pointés comme étant des privilégiés, dans une période où d’autres sont fragilisés. Ces méthodes sont absolument inacceptables car elles ont pour objectif d’opposer les citoyens les uns aux autres. Mais au-delà, elles ont un second objectif, qui est celui de culpabiliser les agents de la Fonction publique, dans la mesure où ils bénéficieraient de certains droits liés au statut qu’ils ont choisi.

Faut-il donc rappeler que les agents du service public sont des travailleurs comme les autres, qui ont des horaires de travail à respecter, des missions à remplir, des objectifs à atteindre, des délais à tenir dans un cadre qui leur est imposé par des employeurs, que ce soit des élus locaux ou des responsables de ministères ! Quant à leur pouvoir d’achat, de nombreuses études démontrent qu’il est en retard par rapport à celui des salariés du secteur privé. En faisant le choix d’entrer dans la Fonction publique, ces agents ont souvent accepté de démarrer leur vie professionnelle avec des salaires peu élevés et de développer ensuite une carrière, en passant des concours ou des examens professionnels, pour améliorer leur pouvoir d’achat.

Nous pensons, à la FA-FPT, qu’il est regrettable et dangereux que le Gouvernement ait choisi une attitude de refus du dialogue social et de maintien d’une politique de réformes imposées. Bien sûr, plusieurs sondages récents semblent confirmer que les Français ne sont pas encore prêts à basculer dans un mouvement de révolte, à l’instar de ce qui s’est passé en 1968. Néanmoins, un certain nombre d’actions violentes sont en train de se développer, justifiées par ceux qui les conduisent, par le fait que c’est pour eux le seul moyen de se faire entendre, tant leur désespoir est grand. On peut donc légitimement se demander à quel jeu le Gouvernement veut jouer. Pourra-t-il encore longtemps faire la sourde oreille ou veut-il tirer sur la corde, au risque qu’elle casse, pour réagir ?


                                                                                                                                                                  Antoine BREINING
                                                                                                                                                              Président de la FA-FPT
 
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